Coronavirus : les masques en tissu "faits maison", est-ce efficace ?

Par Caroline de Sortiraparis · Publié le 24 mars 2020 à 16h09
Avec la propagation du coronavirus dans le pays, les français sont de plus en plus nombreux à confectionner leur propre masque en tissu afin de se protéger contre le COVID-19. Alors, le port de ce masque fait maison est-il vraiment efficace ? On tente de répondre à cette épineuse question.

Si le port du masque est fortement recommandé dans les pays asiatiques, c’est loin d’être le cas en France et en Europe. Dans le pays, les masques de protection manquent cruellement, notamment pour les personnels soignants, en première ligne dans ce combat contre le COVID-19. La France a commandé « 250 millions de masques » qui seront livrés « progressivement » ; c’est ce qu’a déclaré le ministre de la Santé Olivier Véran le samedi 21 mars lors d’une conférence de presse, avant de préciser que le pays disposait à ce stade d’un « stock d'Etat » de 86 millions de masques, dont 5 millions de masques FFP2.

Face à cette pénurie, les français sont donc invités à ne pas s’en procurer et à les laisser aux personnes infectées par le coronavirus, mais aussi aux transports sanitaires, aux secours à la personne et aux soignants.

Face à cela, de nombreux français ont décidé de confectionner eux-mêmes leur masque de protection, à porter notamment en faisant ses courses. Résultats ? Les tutoriels dédiés aux masques faits maison se multiplient sur la toile : « coudre son masque de protection en tissu », « en plein coronavirus, comment réaliser un masque en tissu soi-même? »… les conseils et ateliers DIY ne manquent pas sur internet, dont la plupart sont directement inspirés d’un document diffusé par le CHU de Grenoble, dévoilant une méthode pour créer son propre masque en tissu.

L'utilité du masque en tissu : pour ou contre ? 

Mais le masque en tissu est-il vraiment bien utile ? "Le tissu est complètement inefficace car ce que l’on attend d’un masque de soins, c’est une filtration microscopique", a expliqué le Docteur Stéphane Gayet, médecin infectiologue au CHRU de Strasbourg, à nos confrères du Figaro.

C'est une "fausse bonne idée", juge pour sa part Pascal Astagneau, médecin infectiologue à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, sur les ondes de France Inter, avant d'ajouter : "Que les pharmaciens fabriquent du gel hydro-alcoolique, c'est quelque chose d'accessible, avec une recette, un mélange chimique et des doses à respecter. Mais les masques doivent être testés : on ne peut pas faire tout et n'importe quoi".

Même sentiment pour Bruno Grandbastien, président de la Société française d'hygiène hospitalière. "Nous ne possédons aucune donnée sur ces masques", a-t-il confié à France 3 Régions. Pour lui, "il est hors de question de proposer des masques en tissu aux soignants". "C'est mieux que rien du tout, mais pas pour les soignants", confie le professionnel. 

D’autres médecins ne sont pas du même avis, comme par exemple le docteur Jimmy Mohamed. Interrogé sur Europe 1 à ce sujet, il a confié « Il est vrai qu'on avait dit initialement que les masques en tissu n'étaient pas très efficaces. Néanmoins, on s'est rendu compte que, face à la pénurie, nous n'avions pas assez de masques chirurgicaux et que les masques en tissu pouvaient être une alternative acceptable en terme de prévention, non pas pour les professionnels de santé mai finalement pour le citoyen lambda. […]. On va dire que c'est mieux que rien ».

Même avis partagé par le docteur Christophe Bretelle, cardiologue à l'hôpital de Valence. Pour nos confrères de France Bleu, il explique que ces masques en tissu "peuvent avoir une certaine efficacité parce que ça empêche les gens de mettre leurs mains à la bouche et parce que ça évite de projeter des gouttelettes qui sont le principal vecteur de transmission", avant d’ajouter "si deux personnes discutent à moins d'un mètre l'une de l'autre, mais portent chacune un masque, c'est évident que c'est efficace".

Mais, comme l’a souligné le Directeur Général de la Santé Jérôme Salomon, lors d’un point presse quotidien, l’utilisation de ces masques peut aussi être dangereuse. "Je vois énormément de masques dans la rue, je vois énormément de masques chez des professionnels qui n'ont aucune raison d'être exposés à des malades. Ces masques sont mal portés, ces masques sont mal utilisés" a-t-il précisé.

Si le masque en tissu doit être lavé "quotidiennement" "à 30°C avec du détergent classique" et porté que quelques heures, selon le tuto du CHU de Grenoble, l'Organisation Mondiale de la Santé précise que "le masque n’est efficace que s’il est associé à un lavage des mains fréquent avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon".

Le masque imprimable en 3D

Si le masque en tissu fait maison fait débat, un autre type de masque de protection commence lui aussi à faire parler, il s’agit du Nano Hack, un masque imprimable en 3D.

Derrière cette idée, on retrouve la société chilienne Copper 3D, spécialisée dans l’impression 3D. Face à la pandémie de coronavirus, Copper 3D a décidé de lancer un programme baptisé 'Hack The Pandemic', où est détaillé le protocole de fabrication d’un masque N95 (homologué par l’OMS), imprimable en 3D. 

En plus de filtrer 95 % des particules présentes dans l’air, ce masque est lavable et réutilisable, et créé en 2 heures seulement. 

Objectif ? Que les particuliers ou entreprises capables de produire ce masque en quantité puissent approvisionner les établissements de santé.

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