Quand le corps devient nature et la nature devient corps... À Saint-Ouen-l’Aumône, dans le Val-d’Oise, l’Abbaye de Maubuisson accueille du 12 avril au 30 août 2026 Inkarna, les métamorphoses du sacré, une exposition d’art contemporain conçue par Yosra Mojtahedi en dialogue avec Elsa Guillaume et Magdalena Abakanowicz. Présenté dans cette ancienne abbaye cistercienne devenue centre d’art contemporain, le parcours interroge les liens entre le sacré, le corps, la matière et les métamorphoses du vivant.
Deuxième chapitre du triptyque Les métamorphoses du sacré (après l'exposition Mandorla), elle examine la façon dont le sacré se transforme aujourd’hui dans les pratiques artistiques, entre mémoire des lieux, héritage symbolique, formes organiques, technologies et sensations. Co-commissariée par Marie Ménestrier et Emmanuel Reiatua Cuisinier, Inkarna met en scène un parcours conçu pour l'abbaye, où mythologie perse, installations sculpturales, œuvres textiles, figures hybrides et réflexion sur le vivant composent une proposition ancrée dans l’actualité de la création contemporaine.
Avec Inkarna, Yosra Mojtahedi développe une exposition pensée pour les espaces de Maubuisson, en lien direct avec l’architecture de l’abbaye et avec l’histoire spirituelle du lieu. Née à Téhéran en 1986 et formée notamment au Fresnoy, l’artiste travaille à la croisée de l’art contemporain, de la science et de la technologie, avec un intérêt marqué pour la soft-robotique, les formes organiques et les seuils entre vivant et non-vivant.
Ici, le visiteur traverse un ensemble où dominent les tonalités sombres, les textures denses et les présences hybrides. Le noir, très présent, n’est pas traité comme un simple effet visuel : il agit comme une matière à part entière, à la fois enveloppante, silencieuse et active. Le parcours réunit notamment des œuvres comme Exode, qui fait dialoguer récit religieux, condition féminine et scène post-apocalyptique, Anahithanor, pensée autour d’une figure de corps-fontaine associant référence mythologique perse et imaginaire alchimique, Zhinar, sculpture monumentale liée aux combats des femmes, et L’Érosarbénus, installation mêlant silicone, céramique, programmation et mouvement. Dans cet ensemble, le corps devient paysage, machine, mémoire ou surface de résistance, sans jamais se laisser réduire à une seule lecture.
L’exposition prend aussi de l’ampleur grâce à la présence d’Elsa Guillaume et de Magdalena Abakanowicz, dont les œuvres prolongent cette réflexion sur les métamorphoses du vivant. Avec Triton IX, Elsa Guillaume mobilise sa connaissance des milieux marins et de la céramique pour faire apparaître des formes amphibies, liées à l’eau, à la terre et aux origines de la vie. Son travail apporte à l’exposition une dimension plus tellurique et aquatique, fondée sur les circulations de matière, les passages d’un état à l’autre et une attention constante aux dynamiques du vivant.
En contrepoint, L’Ange noir de Magdalena Abakanowicz introduit une autre densité, nourrie par les fibres organiques, les silhouettes et la mémoire des corps. Figure majeure de la sculpture textile du XXe siècle, l’artiste polonaise interroge ici la fragilité, la répétition et la présence humaine à travers une œuvre où la matière semble garder la trace d’une tension ancienne entre l’individu et le collectif. Réunies à Maubuisson, ces propositions construisent un dialogue cohérent autour des flux, des textures et des transformations, sans effacer la singularité de chaque démarche.
Notre retour sur l'exposition Inkarna à l'Abbaye de Maubuisson :
Une exposition que nous avons pu voir en amont de son ouverture... Et la plongée dans l'univers sombre de Yosra Mojtahedi est directe, sans ambages, dans des salles où la lumière traverse tout de même les espaces pour mettre en valeur le travail d'une artiste qui joue aussi sur ce côté lumineux.
Des installations visuelles, mais également sonores (accompagnés d'une bande-son au violoncelle de Timothée Couteau) qui immergent les visiteurs dans un univers où la nature devient un corps et le corps devient nature, à travers terre meuble, cheveux (naturels) et autres collants. Des installations vivantes, dont l'eau représente ici un cycle de vie, une renaissance constante. Un voyage intérieur et hors du temps, à incarner.
Nos recommandations :
L'exposition se déroulant dans quatre salles en rez-de-chaussée, l'accès est simple pour les personnes à mobilité réduite, même si certaines salles sont relativement étroites, voire très petites, tout comme certaines portes. Les salles sont un peu sombres également, en fonction du moment de la journée où vous venez (la luminosité n'est pas la même), un jeu de lumière voulu et mis en avant par l'Abbaye pour ses expositions. Pour public averti, donc.
Notez que le vernissage public est annoncé le samedi 11 avril 2026 à 15h, avec une performance sonore de Timothée Couteau et Yosra Mojtahedi, pensée comme un dialogue électro-acoustique autour de l’univers de l’exposition. Dans les salles de Maubuisson, Inkarna laisse finalement entrevoir de nouvelles façons de penser le vivant, la matière et ce qui, aujourd’hui encore, échappe aux seules formes visibles.
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Dates et Horaires
Du 12 avril 2026 au 30 août 2026
Lieu
Abbaye de Maubuisson
Avenue Richard de Tour
95310 Saint Ouen l'Aumone
Accès
Transilien ligne H ou RER C gare de "Saint-Ouen-L'Aumône"
Tarifs
3€
Site officiel
www.valdoise.fr
Plus d'informations
Du 1er avril au 10 octobre, ouvert le mercredi de 9h30 à 11h45 et de 13h à 18h15, et du jeudi au lundi de 13h à 18h15. Fermé le mardi. Ouvert les jours fériés de 13h à 18h15 sauf le 1er mai.























